top of page

Affronter le froid à l’époque de l’Homme de Spy : la grande saga du look préhistorique

1 déc. 2020
4 min de lecture

Ça y est, l’automne est là et les petites laines ressortent après un été caniculaire. Si l'on apprécie ce répit au début, les éternels râleurs grinceront vite des dents dès les premiers frissons. Heureusement qu’ils ne vivaient pas ici il y a 4.000 ans ! Alors qu’en octobre, l’an dernier, nous avons connu une moyenne de 12°C, à l’époque de l’Homme de Spy les températures « automnales » tournaient plutôt autour des 0 à 3° C …

Un froid de canard donc. Ou plutôt : un froid de mammouth !


Des vêtements ? Pourquoi ? Depuis quand ?  

Avec de telles températures, se promener en tenue d’Adam et Ève relève du sport extrême. Les habits sont apparus d’abord comme protection contre le froid et les intempéries. C’est ensuite qu’ils sont devenus des symboles de statut social ou de mode. 

À l’époque des préhumains (les australopithèques, dont la célèbre Lucy), en Afrique, le climat agréable n’a pas rendu nécessaire le port de vêtements. Aussi, les premiers à avoir dû se couvrir sont probablement ceux qui ont migré dans des contrées plus froides (Europe ou Nord de l’Asie), il y a de ça environ 800.000 ans. 


Pour secourir l’archéologie : « Super-Pou »et « Wonder-Morpion » !  

Lorsqu’on étudie les populations du passé, 3 sources s’offrent aux préhistoriens : Les traces matérielles (archéologiques), les représentations figuratives (mais qui ne sont apparues qu’il y a 40.000 ans en Europe, voire 29.000 ans pour celles représentant des esquisses de vêtements) et l’ethnoarchéologie (étude de populations récentes semblables à celles du passé). 

Ces trois types de sources sont très utiles pour étudier les vêtements de la Préhistoire. Mais des alliés de taille sont étudiés pour ce domaine spécifique : les poux et les morpions !  Eh oui, car leur évolution est étroitement liée à celle des pratiques vestimentaires humaines.


Les Néandertaliens qui vivaient voici 40.000 ans à Spy, s'habillaient avec des vêtements lacés (et non cousus). © Image générée par IA, sur base du travail de reconstitution effectué au sein de l'Espace de l'Homme de Spy
Les Néandertaliens qui vivaient voici 40.000 ans à Spy, s'habillaient avec des vêtements lacés (et non cousus). © Image générée par IA, sur base du travail de reconstitution effectué au sein de l'Espace de l'Homme de Spy

Il y a 3,3 millions d’années, les australopithèques ont reçu des gorilles un charmant cadeau : les morpions. Jusqu’alors, ils n’avaient qu’une espèce de parasites sur eux : les poux. En théorie, ces deux insectes cohabitent difficilement sur un même corps. Les poux aiment les poils fins, les morpions préfèrent les poils plus épais. Il pourrait aussi y avoir une concurrence de « territoire ».  Leur présence simultanée sur un même corps est le signe qu’ils ont colonisé des espaces différents, sans se rencontrer : les poux sur la tête, les morpions au niveau du pubis. Et impossible de se croiser car… peu de poils entre les deux ! Voilà la preuve que les humains avaient perdu une grande partie de leurs poils il y a de ça 3,3 millions d’années !

Après cette époque, chacun mène sa vie de son côté. Nos poux suscitent à nouveau l’intérêt des chercheurs il y a 170.000 ans, lorsqu’ils évoluent en deux espèces distinctes : les poux de tête (poux d’origine) et les poux de corps. Mais… nous avons dit qu’il n’y avait que peu de poils sur le corps… Alors comment coloniser un corps sans poil puisque les poux vivent dans les poils ?

Et bien lorsqu’il y a des poils, on vous dit !

Mais comment ?

DES POILS !

Mais…. Où trouve-t-on des poils lorsqu’on en est dépourvu ? 

Eh bien, SUR DES VÊTEMENTS, PARDI !

Sacrebleu mais c’est bien sûr ! Voilà la preuve que les humains portaient des vêtements !

Mais on parlait tout à l’heure d’un besoin de se protéger du froid il y a 800.000 ans ?!

Il est probable qu’au départ, les humains de l’époque (Homo heidelbergensis) se soient contentés de se couvrir de peaux et de fourrures. Il faut savoir que leur métabolisme était aussi plus performant que le nôtre, nous qui frissonnons au moindre degré perdu. Les couvertures se sont perfectionnées au fil du temps pour aboutir à de réels vêtements cousus, près du corps, offrant ainsi un habitat plus permanent et plus proche de la peau pour nos amis les poux.


Il y a 40.000 ans, pas de petite laine. Mais quoi donc, alors pour nos humains de Spy ?   

Grâce aux traces matérielles, nous savons que les Néandertaliens (et notamment ceux qui ont fréquenté la grotte de Spy) ont utilisé des outils tels que des perçoirs (pour faire des trous) et des grattoirs (pour gratter les peaux). On a aussi retrouvé des traces de ficelles. On pense donc qu’ils s’habillaient de peaux percées et lacées entre elles. On est loin des coutures serrées des peuples utilisant les aiguilles à chas (apparues il y a 45.000 ans mais inconnues de Néandertal, semble-t-il). Ils devaient donc porter des tenues assez amples.

L’ethnoarchéologie confirment ces hypothèses : les populations plus contemporaines de chasseurs-cueilleurs des régions froides qui n’utilisaient pas d’aiguilles à chas (principalement des inuits) ont en effet confectionné des vêtements lacés et amples. Aussi, n’imaginez plus nos humains de Spy nus et gambadant dans les prairies steppiques de Jemeppe-sur-Sambre mais plutôt vêtus de grosses parkas, de jambières et de mocassins lacés !


Sources consultées

 
 
bottom of page